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22 jours en vélo - 658km sous la pluie - Amazing Irish Experience!

December 3, 2017

  

 

Day 1 - Cork - Cobh - Carrigaline - 24km

 

On embarque sur le Pont-Aven de Brittany Ferries. Impressionnant et ravis d'être dessus sachant les péripéties pour y arriver. Je vous raconte pas. ... Allez si en bref. Controle technique matin, test de chargement, aller à Rennes rendre un cadre, réaliser que c'est pas le bon boîtier d'appareil photo, se dire qu'on n'a pas le temps de repasser à St-Malo, se rendre compte que si pce qu'on avait mal renseigné notre calendrier, se garer en se demandant si la voiture sera là au retour et se faire bloquer à la douane pour une carte d'identité périmée. En bref. Donc on est content d'être dessus.

On a une cabine en plus vu qu'on veut pouvoir pédaler dès le premier jour. On arrive dedans. Un seul lit une place. Hmmm. Direction l'accueil, prêts à payer un supplément pour bien dormir et mea culpa pour la réservation approximative. Sourires à la réception. "Le deuxième lit se décroche du plafond. Vous verrez il y a une poignée." Ah oui.

On prend l'ascenseur pour aller en haut deck 9 il y a un pool bar avec une piscine dedans et même deux nageurs qui n'ont pas perdu leur temps (mais comment ils ont fait si vite?! Ils ont embarqué en maillot à bord ou quoi?). Cette ambiance nous fait tourner la tête alors hop direction le restau, on se fait plaisir ce soir! Bien joué le marketing subtil du bateau, tu te prends pour Kate Winslet au bras du Dicaprio. Buffet d'une abondance impressionante. "Vous reprendrez bien une petite langoustine très chère". Du coup on arrose tout ça et entre mon rhume et le rouge, je rentre m'écrouler dans le lit bien heureusement décroché du plafond. Ça tangue dans mes rêves autant que dans le bateau mais au delà de ça le voyage se déroule en un éclair.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le matin nous sommes à Cork. Enfin Ringaskiddy - pas du tout dans la ville! Prêts à nous lancer dans l'aventure. À la sortie du terminal, un gars en voiture me fait signe. Je rejoins Tom. "Y'a un truc qui va pas à l'arrière je crois."

Effectivement je suis à plat! Mais entièrement ! Je cherche un trou mais on pense que c'est le chargement. Qu'à cela ne tienne, nous avons des pompes à main. Après 15min le pneu est toujours aussi plat... est ce que c'est la chambre? On regarde nos rechanges. Elles sont pour le vélo de Tom, moi je n'en ai pas. Tom commence à se qu'on va louer une caisse et laisser tomber cette histoire de vélo. Finalement il part à l'aventure chercher un garage pour vélos. Il fait bien au total 18km et ramène en héros une pompe de compétition et une chambre à air valide ainsi qu'une clé plate pour démonter la roue arrière. Newbies. Le garagiste a bien rigolé apparemment mais il a été sympa et lui a fait une ristourne.

Nous avons débarqués vers 9:30, il est presque midi lorsque nous roulons les premiers km du voyage proprement dit.

 Direction Cobh il paraît que c'est sympa. A un moment on prend un petit ferry très sympa. Les routes sont pas très vélos friendly mais les voitures ralentissent. Les autres cyclistes nous font des signes, bienvenus dans la communauté des deux roues sans moteur!

Cobh finalement c'est mignon sans plus. C'est surtout de là qu'est parti le Titanic ! Quand on se décide à repartir il se met à pleuvoir. Le temps d'enfiler l'équipement de pluie, c'est l'accalmie. Bon il va falloir apprendre à être plus efficace dans l'enfilade du pantalon de pluie!

 

 Ceci dit il se remet à pleuvoir alors c'est quand même utile. Tom dit que si c'est pour se taper 15 jours de pluie on ferait mieux de rider jusqu'à un cottage et s'y poser là au coin du feu. C'est vrai qu'à l'origine c'était le plan, un cottage battu par les vents en bord de falaise pas loin d'un village de pêcheur, coupés du monde. Et puis le plan a évolué jusqu'à un tour en vélo pendant 20 jours... - non ne me demandez pas comment, ça reste très nébuleux même pour moi - toujours est-il que nous nous retrouvons donc embarquée pour presqu'un mois de vélo en Irlande en octobre (oui oui) alors que nous ne faisons pas de vélo... du tout... bref il maugréait sous la pluie mais ce n'était que du bluff, la pluie s'arrête bientôt et nous avons trouvé un airbnb qui a l'air sympa à Carrigaline... Arrivés là bas, nous avons une idée fixe - une pinte de stout irlandaise! - direction Rose's, pub bien typique de ce petit village bien pratique et sympathique, ça tombe bien tout le monde est là, c'est le match des Springbocks contre les All Blacks, l'occasion pour moi de réviser un peu les règles en dégustant une délicieuse Murphys alors que Tom profite de sa Guinness bien crémeuse. Aux anges. Kevin nous accueille en grande pompe dans son chez lui équipé d'un jardin de compet avec lumière et fontaine et petite cabane au fond du... bref la totale dans ce petit suburb où toutes les maisons sont uniformes - mignonnes mais tellement pareilles que ça en devient un peu flippant, l'herbe est très verte, les routes bien entretenues, deux voitures par maison, un carré de jardin... bref vous voyez la série d'anticipation? - Kevin est super, on a même la cuisine pour nous qu'il n'utilise pas souvent d'après lui, Tom regarde un match de grande importance pour les bleus sur son téléphone et moi je découvre la dernière série Star Treck sur le Netflix de Kevin (oui il y a une télé dans la cuisine et une dans le salon) - on est au poil! Vivement demain.

 

Day 2 - Carrigaline - Kinsale - 25km

 

On est chaud! Et il fait beau! Kevin nous dit que c'est presque un temps d'été! Oh yeah! Notre été indien c'est maintenant! Nous déclinons un alléchant petit déjeuner pour nous mettre en route.

Et quelle route! Après un bout de grosse route, nous voilà enfin sur les petites un peu pourries un peu boueuses de campagne. Le plaisir de humer la haie du voisin fraîchement coupée entre deux champs où paissent de belles vaches de toutes les couleurs qui nous laissent entrevoir en contrebas la jolie campagne irlandaise. Une jolie campagne bien domestiquée c'est certain.

 

Je dis en contrebas car nous attaquons la matinée par une interminable pente, pas très aigüe mais longue... longue... longue... j'ai bien le temps de passer d'un stoïque encouragement de mes jambes à une colère incongrue de "mais pourquoi je suis entrain de pédaler là et pas dans un cottage à paresser!" jusqu'à une demie trance que le soleil en pleine face, la fraîcheur de l'air, les cuisses en feu et mon rhume toujours présent tendent à favoriser... jusqu'à la fin de la pente où la douceur du soleil joue sur la petite brise et rappelle mon corps à la joie d'être vivant et presqu'en bonne santé. Une grosse respiration. Mais oui c'est ça! De la balle d'être là et de sentir son corps vibrer sur la route!

On croise des fermes au goût architectural assez perpendiculaire au nôtre. Puis un chien à une fenêtre qui nous guette et bientôt c'est encore une montée... plus aiguë celle-là et longue... longue.... longue... loooooongue... arrivée au bout je ne me rappelle pas tellement la montée, je crois que les neurones ont disjonctés - une sorte de sécurité sans doute "si on la laisse pas tranquille, elle va jeter son vélo dans un fossé" - du coup je me sens bien  "i did it"!

Direction le fish and chips renommé du coin recommandé par Kevin. Ils pêchent leur poisson et vendent leur fish and chips dans un van à l'entrée du pont qui sort de Kinsale. Delicious!

 Rassasiés nous réfléchissons à la suite. Il y a bien un camping à une dizaine de km mais alors visiter Kinsale sera compromis. Kevin nous a dit que c'est la ville gastronomique du coin. Nous connaissant on ne pourra pas faire l'impasse. L'autre camping est à 4km mais... en arrière en bas de la pente! Non je ne peux pas m'y résoudre. Tant pis et puis je suis encore enrhumée alors va pour un toit! On trouve un hostel pas trop cher et cest parti pour la visite de Kinsale, l'après midi en vélo et le soir à pied.

Les rues sont toutes colorées de petites maisons décorées. Plein de restau alléchants et de pubs sympathiques. 

 

Nous retrouvons ce qui commencerait peut être à être une habitude, nos pintes de Murphys et de Guinness. Un père et son fils jouent en live, guitare et accordéon des airs irlandais 🍀. Ça me rappelle un voyage avec mon père en Irlande à cheval de B&B en pub. La gorge nouée, c'est un bizarre mélange de bonheur et de tristesse, de nostalgie et de bien-être, comme une boucle qui se boucle, des étapes de vie, de fille à femme. Tom est là et je suis bien dans ses bras. On parle de nos adolescences et on applaudit le duo.

Bientôt nous voilà dans la rue en quête d'un bon restau. Le Black Pig est complet. Ce sera fusion pour nous. Le chef est Français, sa femme fidjienne. C'est délicieux. Et le restau est super bien décoré.

On rentre par la côte. Les muscles durs et actifs. On est prêt pour la suite!

 

Day 3 - Kinsale - Old Heads - Timoleague - Clonakilty - 50km

 

Troisième jour. On se réveille plus tôt que d'habitude. Pour une fois je n'ai pas la tête comme une pastèque alors j'arrête le doliprane matinal. On se prépare doucement, on charge et puis ptit déj. Tom consulte la météo mais on voit déjà que ce ne sera pas grand soleil. Il fait brumeux. Un vrai temps irlandais - enfin. Ça tombe bien on prévoit d'aller voir des falaises. The Old Heads. Pas vraiment sur la route. Ce sera une grosse journée. Il y a un phare là bas qui irait bien dans la série photo de Tom. 220m de dénivelé positif ce matin et presque autant en descente. Les muscles sont fatigués, on le sent au premier coup de pédale. Allez c'est parti quand même.

 

J'avance comme une tortue loin derrière Tom sur une sorte de faux-plat pente douce qui s'étale sur des km. Enfin ce n'est qu'une impression sur la longueur mais ça monte. Vers la brume. L'effet tortue est bien réel lui, on transporte notre maison sur le vélo. C'est un sentiment bien agréable de liberté malgré mon rythme, d'indépendance totale, on pourrait s'arrêter là et planter la tente. Enfin il n'est que 10:30 du matin donc on va peut être avancer un peu.

Je passe la matinée en première vitesse, toutes les manettes au plus bas. Tom m'attends ici ou là, au détour de tournants. Une longue pente traversant la brume nous amène sur un bout de côte. Aaaah quel plaisir de bloquer ses pédales et se laisser gentiment couler vers le bas!

Plaisir intense mais bref, ça remonte derrière sur 2km au moins mais on est arrivé. Time for a cappucino! Il a un goût de mérite après cette longue montée.

On fait les derniers mètres en descente vers la pointe de Old Heads. Bloqués au portail, cette pointe est un golf et tant qu'il y a des joueurs, pas de tourisme! Pas de phare donc. Nous repérons un chemin de terre qui part sur le côté. On ne va quand même remonter tout de suite après tous ces efforts! On prend le chemin en poussant les vélos. Bientôt nous les laissons sur le côté et avançons le long de la falaise. Quelle vue! Sur les falaises de Old Heads mais aussi sur la presqu'île suivante. Magnifique.

 

Tom prend des photos et je m'allonge sur le tapis végétal accueillant et doux, un vrai matelas qui invite à la contemplation du ciel, qui nous offre à l'horizon de belles percées de lumière alors que la brume s'est enfin levée.

 Une barre de céréales pour la force et c'est reparti. Il est déjà midi, on est parti un peu tard et Tom commence à avoir faim. Une super longue descente pour sortir de la presqu'île nous amène en bord de plage. Avec cette lumière étrange qui perce à travers les nuages, la mer est argentée et scintille de mille feux froids.

Ça monte. Dans la première montée un peu corsée Tom déraille, on remet la chaîne mais les pieds sont posés. On pousse. Tom me distance rapidement. Je croise un chantier de maison. Un gars entrain de bosser me regarde en secouant la tête. Il me dit bonjour quand même. C'est vrai que je n'ai pas fière allure, à pas de fourmis, la langue pendante et soufflant comme un phoque (quoique n'en ayant jamais entendu je dirais plutôt telle une locomotive en fait). Mais même si je galère, je me sens bien au fond, tout au fond. Les muscles tirent mais ils fonctionnent. Je me dis que c'est le troisième jour et que celui-ci et les prochains 2-3 jours vont sûrement être les plus durs. Les muscles sont dans leur première fatigue, les distances s'allongent et on commence à peine à s'habituer. Ça viendra. C'est ce que je me répète en boucle alors que remontés en selle, nous enchaînons les faux plats et les montées - moins aiguës mais montantes quand même. Je parviens même à une sorte de méditation. Je vois la pente, je détends consciemment mes épaules qui se contractent à cette vue, je me recule sur ma selle, enclenche la première et fixe un point devant moi sur le bitume. J'essaye de laisser la douleur des muscles, l'enfant de 5 ans qui désespère de la fin de cette foutue pente et veut pleurer, la chaleur qui monte et toutes ces sensations me passer au travers, comme une vague, et dans ma tête j'essaye d'envoyer de l'énergie au bas de mon corps, ventre, bas du dos et cuisses et je me répète "force et énergie" en concentrant ma respiration. C'est marrant, ce sont les deux choses qui dans ce moment me font le plus défaut j'ai l'impression mais finalement j'arrive en haut et il y a comme une vague de gratitude pour mon corps tout entier de m'avoir montée jusque là. Quelques coups de pédales et ça remonte. Je recommence. Le temps passe plus vite comme ça mais finalement je commence aussi à avoir faim. Il est 14:30. On s'est trompé et on a pris la scenic road, superbe mais plus longue. Pas grave, on est récompensé par un véritable spectacle d'oiseaux de toutes sortes sur le bord de mer à marée basse, un paradis pour les bird watchers. Et je deviens gaga à la vue de petits lapins qui détalent dans les prairies toutes vertes avec leurs petites queues toutes fluffy et toutes blanches.

On arrive à Timoleague. Ouf je me rêve d'un petit pub avec un bon repas bien chaud dans une ambiance cosy low key mais il est 15h, tous les pubs et restaus sont fermés. Il y a une supérette. On achète de quoi faire un sandwich.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tom est déjà venu ici, il y a une vieille abbaye en ruine, devenue un cimetière, il l'a déjà visitée, comme attiré par cet endroit un peu mystique. En lisant les tombes, on devine des histoires tragiques, un père qui a érigé une tombe pour son fils, il avait 34 ans. Une famille entière, la fille d'abord puis la mère 1 mois plus tard puis le père 7 ans plus tard, c'est en 1941-1948. C'était la seconde guerre mondiale. Qu'est ce qui a pu se passer? Des familles irlandaises entières sont commémorées ici dans cette église en ruine en bord de mer, avec cette lumière argentée. On oublie un peu la bruine et on se plonge dans notre exploration.

Le sandwich avalé, on a froid, pas tant qu'il fasse froid même s'il ne fait pas chaud mais plutôt que nous nous refroidissons après l'effort. Il est temps de repartir. Encore 10km. L'après-midi est bien pire que le matin. La "méditation" m'aide à entamer la moindre petite pente. Ça monte moins en réalité mais mon corps en a marre je crois. On finit par arriver. Là on discute, il s'est arrêté momentanément de pleuvoir mais campe-t-on?

Tergiversations. Tom aimerait bien dormir dans une chambre après tous ces efforts. On regarde la météo. Ça va aller même si c'est le pire jour des trois derniers. Et puis mon rhume est sur la fin. Si on veut se faire plaisir plus tard... bref camping ce sera. Tente montée, douche moyennement chaude prise sous les récriminations de Tom qui jure qu'on ne fera plus de camping (il disait le premier jour qu'on ne ferait plus de vélos et nous sommes toujours dessus...) et nous voilà partis vers la petite ville de Clonakilty à pied. C'est la ville de Michael Collins, apparemment une personne ayant œuvré pour l'indépendance de l'Irlande. Ça fait vaguement écho à l'actualité catalane. En tous cas c'est une jolie petite ville avec plein de petites boutiques (fermées) mignonnes. C'est vivant et on trouve enfin ce pub dont je rêvais à midi. Nous ne dérogeons pas à notre stout habituelle de fin de journée et enchaînons sur le pub meal tant attendu. Une belle journée se termine devant le match Wales-Irlande (tout à fait fortuit!), le ventre plein, les vêtements secs et bien au chaud (En attendant le camping cette nuit... )

 

Day 4 - Clonakilty - Red Sands et Galley Head - Skibereen - 47km - 650m de dénivelé + 2km à pied

 

En fait c'est le 4e jour le pire. Enfin quand il commence car aujourd'hui le démarrage est long. Je n'ai pas bien dormi, la fin de mon rhume c'est de la toux qui résonne dans la nuit et puis j'ai pas fermé un zip de mon sac de couchage alors j'ai eu froid pendant un grosse partie de la nuit. Heureusement je m'en rends compte au matin tôt, referme le zip et me rendors dans un cocon moutonneux de doux rêves réparateurs. Forcément le réveil quelques heures à peine plus tard est lent. On finit par plier bagage et on arrive au village vers 11h. Direction la laverie. On dépose nos vêtements, y'en a pour deux heures. Direction un solide petit dej. La rue de la laverie est toute mimi. Spiller's lane. Indiquée par un monsieur barman la veille très sympa. Il y a un magasin de jouets, une boutique d'instruments de musique, des sièges et des tables, c'est à moitié couvert et au bout, il y a une sorte de salon de thé déjanté à la Alice au Pays des Merveilles. C'est très girly pour Tom qui ne manque pas de le faire remarquer mais moi ça me change de l'ambiance rugby/foot un peu.

 

C'est très bon et parfait pour patienter deux heures pépères engoncés dans des fauteuils ultra cosy. On récupère notre linge et on charge. Première escarmouche. On y va. Là j'ai mal aux cuisses, sur le dessus. Ça tire. Je me dis que la journée va être longue. C'est notre plus gros dénivelé - 650m. Je suis en première et j'avance en soufflant comme une locomotive. Même en plat je suis lente, je récupère des côtes. J'avance pas. Deux heures plus tard, il est 15h et on a fait 13km. Il faut mettre le turbo qu'il me dit. Mais celui là je ne l'ai plus dans les jambes, je suis découragée. Seconde escarmouche. C'est encore moins motivant de pédaler alors que le moral est orageux. Je m'imagine lâcher mon vélo dans un fossé, trouver une voiture, louer un cottage et y passer les deux prochaines semaines, non les trois prochaines ou carrément ma vie entière, posée devant cette foutue cheminée avec un feu flambant, un livre à la main et un thé fumant à portée, toute seule! Oui bon j'étais énervée de me sentir si nulle. On en parle, ça va mieux, on poursuit, on monte.

Vers Rosscarbery, on bifurque pour aller voir un cercle de pierres. Il faut dire que mise à part l'humeur orageuse, le temps lui est plutôt beau, nuageux bien sûr mais avec de beaux rayons de soleil ici ou là qui réchauffent nos habits tous propres tous frais sortis de la laverie. Ça monte encore. La pente devient trop aiguë pour moi, je pousse et Tom aussi par solidarité. C'est aussi dur voir plus que de pédaler en fait mais mes cuisses ne font plus fonctionner les pédales. À la place ce sont les mollets qui prennent et les bras qui poussent le guidon. Je n'ai pas de bras alors ça force tout de suite mais bon des bras à la limite je n'en aurais pas besoin toute la journée alors je souffre la douleur et je souffle. J'avance à peine, pas à pas mais on finit par bifurquer. Quand Tom me dit que ce qu'on est entrain de descendre pour atteindre les pierres il va falloir les remonter, je lui demande de poser les vélos. On va pas se trimballer 15kg ou presque chacun de bagages jusque là-bas! On se dit qu'au prochain projet de tour à vélo, ce sera pas de camping, on sera beaucoup plus léger et pour le peu qu'on en fait ça ne vaut pas le coup. Descente à pied. 1km. Ça dégourdir les jambes, franchement c'est plus simple de marcher. J'ai les cuisses comme des bouts de bois. Le cercle de pierres est impressionnant. C'est une tombe, d'un jeune apparemment 1000 ans avant JC avec une vue sur les collines et la mer entre les deux. Le 21 décembre, le soleil se couche exactement dans l'axe d'une grande pierre plate et entre deux pierres qui constituent le portail d'entrée dans le cercle. Mystique et plein d'une énergie mystérieuse.

 1km à pied. Retour aux vélos. On les pousse jusqu'à la route principale. Ça continue de monter. J'ai les cuisses rigides de froid et d'usage. Tom me dit narquois qu'on a encore un dénivelé deux fois plus long et deux fois plus fort qui nous attend. Je me dis et je lui dis que j'y arriverai pas. En même temps il fait bien avancer, on a réservé ce matin en glandant au salon de thé une chambre à côté de Skiberdeen.

 

Allez c'est parti. Ça monte, on pédale. Il fait beau, il y a de la forêt autour de nous. Je réalise que c'est une première, les paysages d'ici sont à raz, cultivés en pâturage pour les vaches. Je me demande s'il reste encore des arbres ailleurs, Tom dit que dans le sud-Est il y a encore de la forêt. J'essaye d'imaginer des siècles plus tôt si l'Irlande était recouverte de forêts. Peut être. Ça devait être bien différent. Les vaches nous regardent passer. Plus au nord l'Irlande c'est le pays des moutons mais là dans le Sud, il y a des vaches partout, de toutes les robes imaginables. Elles sont choues, elles noir regardent passer avec leur grands yeux en forme de billes toutes sombres et toutes rondes. Première fois que je me demande si je pourrais continuer à manger du bœuf, de la vache en fait mais pour une raison que j'ignore, le fait qu'on sépare le veau de sa mère pour lui prendre son lait me choque plus, quelle déprime pour la mère. Je vois plein de vaches couchées, assises on dirait, je me demande si c'est naturel ou si elles sont déprimées dans leur pré trop petit à attendre la mort en mâchonnant trois brins d'herbe. Je me dis que si je continue à manger de la viande, l'animal devrait au moins avoir eu une vraie belle vie avec de l'espace et pas trop d'ennui. Et je crois que je ne boirais plus de lait. Comment je vais faire les crêpes?

Tom me dit que la pente c'est fini. Lui comme moi on ne l'a pas sentie passer. Grâce au beau temps ou aux réflexions qui m'agitent, je ne sais pas, l'occasion pour moi de bien ressentir que j'ai de plus en plus mal aux cuisses mais on a bien avancé. Non finalement on ne met pas deux fois le temps indiqué par Googlemap, enfin pas toujours en tous cas!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ça descend un peu et on rejoint la nationale. Il reste 20km. Je suis déjà à bout. Ça va être long! Et sur la nationale ca l'est encore plus. Cette longue route rectiligne interminable. Le bitume est de meilleure qualité, on roule mieux et c'est globalement plat avec quelques montées qui m'essoufflent profondément. Allez plus qu'une heure me souffle Tom en allumant nos feux de route. Et là bien sûr, c'est la pluie. On se fait saucer pendant une heure! Pas la petite bruine sympa des derniers jours, une vraie pluie. Je fais l'essuie glace de mes lunettes avec mes gants de vélo et j'avance. Pas question de ralentir. Ce qui est bien avec la pluie c'est qu'on veut juste en sortir alors on avance, pas de questions pas de méditation tant pis pour les épaules, on oublie tout sauf la détermination d'avancer, de s'échapper. Je suis en dernière vitesse tout le temps, quand ça monte je descends seulement d'une vitesse et ne repasse la première qu'en cas de pente aiguë, il y en a quelques unes mais elles sont courtes. Mon cerveau est tout vide, juste un truc "avancer". C'est tout. Tom me résume la suite. À Skiberdeen, on prend le rond point puis c'est à droite et à gauche. Encore 4km. C'est bon ça y est.

Après le rond point je commence à espérer, j'appuie sur les pédales et je suis Tom du plus près que je peux. On tourne. Ça y est plus que 500m dans la campagne. Je relève la tête. Oh non! Non mais non! C'est ce que je crie quand je lève la tête. Ça monte mais quand je dis ça monte, ça moooonte! Non stop pendant 500m. Je mets vite pied à terre et je rentre les épaules mais j'ai envie de pleurer. J'ai froid dans tout le haut du corps, mes cuisses sont tellement solides de douleur que je me demande comment elles fonctionnent encore, mes bras sont déjà mal en point et j'ai un nerf qui s'est coincé sous l'omoplate gauche. Un pied devant l'autre. La pluie a cessé au moins et puis il faut bien arriver un jour. 19h on arrive. Ce n'est plus "force et énergie" dans ma tête mais "Putain! Putain! Putain!" entre deux grognements/gémissements/ prise de respiration. Le soulagement d'y être se bat en moi avec le froid glacé qui s'empare de tout mon corps dès qu'il s'arrête de bouger.

Notre hôte est très sympa, Driftwood Hostel est équipé d'un sauna et d'un jaccuzi paraît-il! Mais il est trop tard là ce sera pour demain parce que c'est décidé demain c'est pause! Pause! Repos, sauna et jacuzzi, chaleur et feu de bois! Et ce soir c'est taxi aller-retour pour Skibereen pour dîner, y'a pas moyen que je remette mon cul sur une selle avec des affaires trempées pour me retaper cette foutue côte en rentrant! Ce n'est qu'avec une demie bouteille de Shiraz après un bon dîner précédé d'une bonne douche chaude que finalement je pique du nez dans le creux du coude de ma polaire. Allez hop on rentre et demain c'est pause de chez pause pour tout tout tout!! À dans deux jours pour Day 6!

 

Day 5 - repos mais avec un peu de vélo sans chargement, il faut bien aller manger! Il nous a accueilli avec beaucoup de curiosité et nous a ensuite fait une jolie démo avec un beau trot presque passage magnifique genre "regardez la star"!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Day 6 - Skibereen - Bantry - 24km

 

La météo des prochains jours est pluvieuse, presque pour la semaine entière. Le camping dans ces conditions on va devoir oublier. Notre hôte nous dit que l'an dernier Octobre a été une période magnifique et ensoleillée en Irlande. Pas cette année visiblement quoiqu'hier nous avons pu joyeusement profiter d'une belle journée. Du coup on va faire de petites étapes. 24km aujourd'hui qui commencent sous une gentille bruine à travers la campagne. Pour la première fois on prend une route de terre plutôt que de mer, il n'y a pas de vent, on passe à travers des prairies d'élevage de vaches alternées de prairies en repos et des zones apparemment humides au vue des jolies bouquets de joncs que nous croisons. Après notre visite de Skibereen, à l'heritage center, nous avons appris un petit bout d'histoire irlandaise. Une grande famine a sévi en Irlande et dans cette région en particulier avec une diminution de près de 80% de la population par ici entre 1846 et 1852. Cet événement a profondément transformé la population irlandaise par son émigration massive pendant et après celui-ci vers les États-Unis et même sa culture (dégringolade de la pratique de la langue Gaelic) et a probablement planté les germes de la guerre d'indépendance qui surgira 30 ans plus tard (le sentiment des Irlandais d'avoir été abandonné par les Britaniques alors qu'ils avaient les plus grosses réserves alimentaires pour leur armée, il s'est dit que si le mildiou des patates était envoyé par Dieu, ce sont les Britanniques qui ont créé la famine. Celle-ci a eu aussi de profondes répercussions sur le milieu agricole et sa structuration. Jusqu'à la famine, l'augmentation de la population était suivie de près par l'augmentation de petites exploitations paysannes. Celles-ci étaient en fermage, louées à des sous-loueurs eux-mêmes louant à de grands propriétaires terriens. La ferme ou le bateau de pêcheur, chacun son moyen de subsistance avec son accès à la nourriture. Malheureusement pour plus de facilité, les fermiers ont fait le choix de la patate, parce qu'elle est nourrissante et aussi facile à vendre pour gagner de l'argent permettant d'acheter le reste des denrées nécessaires. Un couple et six enfants dans cette région consommaient 25kg de papates par jour. Puis des Amériques en passant par la Belgique est arrivé le mildiou, et ce qui devait arriver à ce genre de situations en monoculture arriva. Des millions sont morts à l'arrivée des colons aux Amériques suite aux maladies importées, en retour d'autres millions sont morts de maladie rapportée. Ceci sans parler de ce que l'homme aime à rajouter en misère et violence supplémentaire. Bref, au début de la famine, croyant que ça ne durerait pas, les pêcheurs vendent leur matériel en échange de sous pour acheter à manger. Mais ça dure et bientôt il n'y a plus à manger et plus de moyens de subsistances car rien d'autre n'était cultivé en quantité suffisante et les moyens de subvenir par la mer ne sont plus là, bientôt les gens sont trop faibles pour aller en mer de toutes façons. Le gouvernement met en place du travail public au lieu de redonner des moyens aux gens de faire pousser leur subsistance, ces personnes déjà affaiblies par la fin sont mises aux travaux de chantier durs et physiques, payées à peine ou pas et ensuite nourries faiblement et pauvrement. On imagine à quel point l'Irlande en fût meurtrie. Du coup les terres sont peu cultivées. Même au sortir de la famine, les plants sont encore rares. Par conséquent les fermes s'agrandissent de terre inutilisée, laissée aux troupeaux. Et c'est ainsi qu'après la famine, le paysage agricole se transforme avec de grandes fermes qui font de l'élevage et tout un tas de gens qui sont sortis par la faim du monde agricole pour devenir de la main d'œuvre abandonnant leur indépendance alimentaire au profit de l'argent. Et tout ça avant la révolution industrielle même, qui a dû accentuer cet effet de concentration des terres avec la mécanisation certainement. Fascinante histoire du monde agricole intimement liée aux transformations profondes d'un peuple et d'une société.

Mais voilà que la bruine se transforme en pluie. La bruine ne mouille pas, on la sentait à peine. La pluie elle si. J'enfile mon pantalon de pluie. C'est la grosse côte de la journée, on pousse. Après c'est presque tout en pente descendante et à part quelques montées et une partie ennuyeuse sur la nationale, nous arrivons bientôt à Bantry. C'est un village très pittoresque, comme les autres, accueillant et bien fourni en petites boutiques et pubs et restaurants. Nous entrons dans pub, retirons nos couches de vêtements humides et commandons soupes et repas chaud ainsi que du thé et la stout du coin. Un régal! Quel bonheur de manger au chaud après la froide pluie. On est bien au pub à rigoler en se reposant. On trouve notre endroit pour ce soir, reprise en douceur, on restera à Bantry et l'offre du jour contient un sauna et un spa. Décidément, on traite bien nos courbatures!

 

 

Day 7 - intermède - il paraît qu'il y a un hurricane force 8 qui nous arrive dessus demain... et dimanche c'est la fin de la saison dans le coin, tout ferme... voilà voilà...

 

Day 7 - Bantry - Glengariff - Adrigole (Beara Peninsula) - 37km

 

Il pleut. On a décidé d'aller se prendre un bon irish breakfast pour se donner du cœur à l'ouvrage.

En sortant c'est jour de marché à Bantry, malgré la pluie il y a du monde dehors et des stands de toutes sortes. On en repère un qui vend des habits de travail. Pour mon travail dans les champs, une bonne veste bien chaude et imperméable serait géniale et même pour tout de suite car les dernières pluies m'ont fait remarqué que ma veste de sport "imperméable" ne l'était pas tellement en cas de "vraie" pluie - du coup j'ai passé le kaway par dessus mais bon ça commence à faire des couches tout ça, haut technique, pull technique aussi, veste et coupe-vent. Bref je trouve une veste de travail chouette, chaude et avec le haut tout jaune pour être visible donc plus de gilet de sécu non plus. J'ai l'impression d'enfiler un petit cocon, c'est nickel mais j'enlève toutes les couches sauf le haut technique sinon c'est sauna et même comme ça il fait chaud. Tant mieux et tant pis, c'est génial pour la grosse pluie froide, moins sympa quand la pluie se calme et que ça monte dur... on ne peut pas tout avoir.

On s'engouffre dans un petit café restau. On finit par prendre un mini-breakfast, le full Irish est carrément décadent ! L'estomac plein nous prenons la route pour Glengariff, 17km.

 

Il pleut continuellement avec quelques pauses de bruine. On suit la nationale encore aujourd'hui alors les pentes sont abordables et le bitume en bon état. Arrivés là bas nous avons le plaisir de s'assoir devant un feu de cheminée dans un pub bien cosy avec un bon thé bien chaud (et un nuage de lait pour moi ). Tom discute avec un homme qui suit le même trajet que nous, en voiture pour sa part et qui lui aussi prend des photos. Nous repartons sous la pluie pour réaliser que le frein avant de Tom est trop serré, il est obligé d'ouvrir le frein et de s'en passer pour le reste de la journée. C'est bête j'ai bien une clé pour ce boulon mais elle est juste une taille en-dessous il faudra en trouver une sur le chemin.

 

Encore une vingtaine de km, sur la nationale, le temps est long. On finit par enchaîner les côtes et se dire qu'on a passé le plus alors que se profile la master côte de la journée. Je m'arrête au moins 5-6 fois sur celle-ci, à bout de souffle, mais je ne pousse pas et on finit par arriver en haut. Le paysage a bien changé, plus sauvage, la végétation est similaire aux côtes de Bretagne, ajoncs, bruyère et une herbe ici roussie par l'automne.

 Depuis hier nous voyons également apparaître nos premiers moutons, tête noire ou blanche, plus adaptés à ces prairies moins entretenues. Il faut dire qu'après renseignement en réalité l'Irlande a plus de vaches que de moutons, on ne se l'imaginait ayant en tête l'Irlande pittoresque avec ses petits murets et ses moutons partout. On en a profité pour en apprendre plus sur l'économie de l'Irlande et ses ressource; sa dépendance à l'économie mondiale est sa plus grande fragilité, c'est effrayant, ils importent tout, même du fourrage pour leurs propres bêtes. Ce soir on a acheté un peu de porc pour dîner dans la seule épicerie du village. Il vient de France. Comme si l'épisode de la Grande Famine n'avait pas suffi, à nouveau l'Irlande se retrouve cantonnée à quelques produits alimentaires (bœuf, lait et moutons) et importe tout le reste. Tous les œufs dans le même panier à nouveau et on ne rentrera pas dans les détails sur la violence des politiques ultra libérales qui si elles ont remonté la courbe des chiffres, ont augmenté radicalement la pauvreté et endommagé durablement la couverture sociale des irlandais, tout ça pour remonter des chiffres vide de sens humain. Bref encore un apparté. Notre hôte très sympa nous ouvre son hostel, nous sommes les seuls. Il ferme dimanche pour la saison et nous informe que beaucoup de ses collègues feront pareil, ça risque de devenir compliqué de trouver à se loger. À partir de Dimanche, la péninsule de Beara se prépare à recevoir la visite d'Ophelie, ex-hurricane, qui est sensé amener des vents de force 8 et l'orage le plus violent depuis 1839. Euh... On essaye de prévoir un plan en fonction, trouver un endroit un peu moins exposé que la péninsule pour se poser le temps de la laisser passer. Du coup soit demain on passe par les montagnes - avec un gros gros dénivelé - soit on mise sur le fait que l'orage ne débarque que lundi et on fait notre tour de la péninsule par la partie basse avant d'aller se réfugier à Kenmare. On verra demain!

 

Day 8 - Hungry Hills in Adrigole - Castledown - Bere Island - Eyeries - 27km

 

Short day today. Nos habits encore humides, nous quittons cet agréable camping pour nous lancer sur la route. Les courbatures se font moins sentir. Nous avançons. Finalement nous avons décidé de poursuivre comme prévu. L'ouragan ou ex-ouragan n'est prévu que pour lundi donc il nous faut arriver demain en lieu sûr. Ce sera Kenmare à priori qui nous semble être un village plus en retrait de la mer même si elle y arrive quand même (pas facile en Irlande à moins de s'aventurer loin à l'intérieur des terres). Le temps est clément, il y a très peu de vent et pas de pluie, un plaisir de rouler. La route est courte aujourd'hui. On arrive juste à temps pour attraper le ferry qui avait déjà entamé son départ. Un local le hèle et nous voilà embarqués. L'île est toute proche et toute petite. Nous la longeons en vélo mais bientôt ce sont des sentiers de vaches puis de moutons. Nous abandonnons les vélos pour continuer à pied direction le phare de l'île. Nous croisons vaches et moutons mais pas une personne.