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Je me rappelle mon tout premier jour de travail. Il avait été d’une violence quotidienne inouïe, j’avais été immédiatement broyée par le mouvement perpétuel et irrésistible de la foule en mouvement, tel un caillou au sein d’une avalanche. J’avais déboulé sur l’esplanade de la Défense quelques années plutôt, revêtue de mes habits conformes de fourmi travailleuse, j’avais ajusté mon masque terreux de fond de teint de bonne petite citoyenne et j’avais suivi le flot jusqu’à ma tour, mon bureau, où là aussi on m’avait remis un badge, installée à un bureau, munie d’un ordinateur et d’une ribambelle de mots de passe et où on m’avait offert des documents, uniquement numériques ceux-là, à lire pour remplir mon cerveau vierge du monde du travail.

Le monde du travail, c’est bien un monde à part entière celui-là, qui se fiche bien de celui dans lequel on vit, qui entre volontiers en contradiction même. Si on ne fait pas attention on a tôt fait de respirer, de communiquer, de dormir et de se déplacer uniquement dans ce monde. Il vous happe et vous dévore, il vous transforme, il envahit votre cerveau, y met des considérations et des priorités qui vous auraient paru ridicules avant. Oui mais ça, c’était avant ; avant qu’il s’empare de vous et vous façonne à son image.

Là où j’étais, ça voulait dire chaussures à talon ou ballerines, pantalon de tailleur ou jupe de tailleur, chemise ou petit haut sérieux, veste de tailleur ou gilet ajusté si vraiment tous les tailleurs étaient chez le teinturier. Les couleurs allaient du sempiternel noir, au rouge bordeaux plus fashion, on s’accordait même à certains moments de l’année quelques touches de jaune crasseux pour donner un air plus joyeux à son ensemble fadasse et conformiste. C’était pire pour les hommes, encore plus conforme, encore plus carré, encore plus standard, encore plus ennuyeux. Un costard ce n’est pas classe, c’est comme un uniforme, ça rend bien en photo mais ça a autant de personnalité que Ken de Barbie et Ken en avait. Ça ne dit rien sur vous, et non, ça ne se voit pas si vous avez choisi le col smoking qui brille ou si votre veste est un poil plus ajustée que celle du voisin, prenez un peu de hauteur sur les marches de la grande Arche de la Défense qui règne en maître silencieux et vous vous ressemblez absolument tous et toutes. Les femmes luttent encore dans ce monde comme dans les autres pour se voir reconnaître les mêmes droits et mérites que les hommes. Paradoxalement, ce mépris inhérent au monde du travail pour le sexe féminin avait pour effet pervers de leur donner plus de liberté dans leur façon de s’habiller. Oui moins efficace, moins méritante, pas la peine d’avoir l’air d’un vrai petit soldat de ce monde lobotomisant et lobotomisé qui prétendait vouloir s’imposer comme le moteur du monde.

La Passion du Vice -Extrait 1 - Chapitre 1

« - Nous sommes deux dans cette histoire, si j’ai moins envie, c’est peut-être aussi un peu ta faute tu ne crois pas ?

- Je ne sais pas, moi j’ai toujours envie de toi mais on dirait que tu ne veux plus jamais.

- Tu ne me regardes même plus, comment est-ce que tu pourrais avoir envie de moi ? Ou n’est-ce que de sexe dont tu as envie ? Ça pourrait être n’importe qui dans ton lit c’est ça ?

- Mais non, mais non,… »

Je niais énergiquement mais avait-elle raison ? Je me secouais désespérément, la fille en face de toi, tu l’aimes, cherche dans ton cœur et souviens toi. Je ne voyais pas ma vie sans elle mais dans mon lit, je ne savais plus.

« - C’est difficile d’avoir envie de quelqu’un qui te repousse constamment. J’ai envie de toi, de celle que tu étais avant, quand tu me sautais dessus et qu’on ne pouvait pas empêcher nos peaux d’être en contact, ça me manque.

-… »

Elle s’est mise à pleurer. Ce n’est pas facile de grandir. Qu’est-ce qui nous arrivait ? Elle s’est blottie dans mes bras, et j’ai goûté le salé de ses larmes, je la serrais très fort. Je la voyais elle, sa détresse, elle, si menue dans mes bras, toute en courbe et si vulnérable. Elle se pressa contre moi, je prenais ses lèvres mouillées. Elle répondit à mon baiser avec une intensité désespérée, elle me regardait dans les yeux. Ses yeux étaient deux grandes supplications. « Vois moi, regarde-moi, je suis là ». Je plongeais dans ses yeux, je me laissais aller à la joie qui s’est emparée de moi, je la voyais, je la retrouvais, c’était elle, elle était là. Elle s’agrippa à moi, ses jambes puissantes enserrant ma taille, je la portais à notre lit, me débarrassais de mes vêtements et lui arrachais presque les siens avec une rage qui la fit sourire, illuminant son beau visage, ce visage dont j’étais amoureux.

J’imagine que j’aurais dû comprendre à cet instant mais j’en ai conclus que ça allait mieux et que tout était rentré dans l’ordre. Rien à changer. J’étais fier d’avoir eu cette conversation, j’étais assez mûr pour l’avoir et pour la mener vers une conclusion positive. Tout allait bien. Quelques semaines plus tard, je la trompais.

La Passion du Vice -Extrait 2 - Chapitre 2

Cette dernière pensée me ramène à mon présent immédiat. Oui de quelle sorte d’amour aime-t-il sa copine ? La réponse est déjà donnée selon lui, un amour à 80%. On dirait un amour en matière grasse allégée, ça me paraît tout à la fois moderne et triste, de cette modernité grise et consommatrice qui recouvre le milieu urbain, qui fait oublier aux hommes que le bonheur c’est l’autre et que les relations humaines sont du domaine sacré.

Mes pieds arrivent au milieu de ses tibias, ma tête est juste dans le creux de son épaule, je redresse un coude, la tête maintenant posée sur ma main, je le regarde et je m’interroge. Et comme je le regarde, je prends conscience de la barrière matérielle qui nous sépare, ma peau, sa peau, son cerveau, les neurones qui étincellent en silence des messages chimiques qui ne se matérialiseront jamais dans l’espace aérien qui s’étend entre nous, cette distance qui me paraissait abolie l’instant d’avant dans une fulgurance de plaisir me semble à présent infinie et incompressible.

Que sais-je de cette autre enveloppe de chair et de pensées, quelles sont ses idées, ses émotions, pourquoi son cœur bat-il si fort, est-ce nous, est-ce tout autre chose ? Comment tolérer cette absence de communion, l’impossibilité de jamais saisir dans son entier celui qui est en face de soi, comment aimer sans connaître l’autre ? Et si c’était ça l’amour comme une foi religieuse dans l’autre, on saute le pas, on se retrouve fou pour un autre dont on ne saura jamais que ce qu’il voudra bien dire, ce qui atteindra la surface de sa peau en communication non-verbale, tout le reste restera à jamais de la sphère de l’inatteignable. Il interrompit mes réflexions.

« Je ne quitterais pas ma femme. »

La Passion du Vice -Extrait 3 - Chapitre 8

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